Jean-Marie Le Pen au Tribunal correctionnel pour ses propos sur les homosexuels

L’ancien président du Front national, Jean-Marie Le Pen, comparaît mercredi 7 février pour injure et incitation à la haine à raison de l’orientation sexuelle.

Mis à jour le 7 février à 12h30 : L’association Mousse annonce que la plaidoirie Jean-Marie Le Pen est reportée à une date ultérieure en raison de la neige.

Noël 2016. L’association Mousse, qui se définit avec humour comme l’association des « Justiciers LGBT », « offre à Jean-Marie Le Pen une plainte au pénal pour homophobie ». Le jugement pour injure et incitation à la haine à raison de l’orientation sexuelle se tient ce mercredi 7 février 2018, à 13h30, devant la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.

Samedi 3 février, Le Parisien a noté une sortie exceptionnelle du père de Marine Le Pen, accompagné de sa femme, au cabaret transformiste Chez Michou, dans le 18e arrondissement de Paris. Provocation ou tentative naïve de se refaire une image ?

Les déclarations

18 mars 2016 : interrogé sur les affaires de pédophilie dans l’Église catholique, Jean-Marie Le Pen explique que « l’abaissement des règles morales est une constante d’une société décadente, et je crois que la pédophilie, qui a trouvé ses lettres de noblesse… interdites, mais tout de même, dans l’exaltation de l’homosexualité, met en cause toutes les professions qui approchent l’enfance et la jeunesse ».

21 décembre 2016 : dans une interview au Figaro, quand les journalistes le questionnent sur la représentation des homosexuels au sein du Front national, Jean-Marie Le Pen répond que « les homosexuels c’est comme le sel dans la soupe, si y’en a pas assez c’est un peu fade, si y’en a trop c’est imbuvable ».

Beaucoup pour une même année.

Faire jurisprudence

Pour Me Etienne Deshoulières, avocat de Mousse, ce procès peut être l’occasion pour le Tribunal correctionnel de faire jurisprudence sur deux questions. Nous publions ici des extraits de son argumentaire.

Peut-on condamner des propos visant « l’homosexualité » ?

« La première question tient au fait de savoir si des propos condamnant l’homosexualité visent les personnes homosexuelles elles-mêmes ou seulement un comportement librement critiquable. L’enjeu est de taille, car dans le second cas les propos ne sont pas condamnables. Il s’agit donc d’un argument constamment invoqué en défense dans les procès pour homophobie, en aussi bien en France qu’à l’étranger. […]

La seule manière de critiquer des personnes à raison de leur orientation sexuelle, c’est de critiquer leur homosexualité entendue comme un comportement sexuel objectif. Il n’y a de critiquable chez les homosexuels que leur homosexualité. Leur comportement sexuel est la seule chose qui les distingue des autres groupes de personnes et qui les expose, ce faisant, à une condamnation morale. La liberté de vivre son orientation sexuelle ne relève pas de la liberté de conscience. Dans un Etat démocratique, la liberté des homosexuels de vivre leur homosexualité consiste avant tout à pouvoir adopter des comportements homosexuels. Critiquer l’homosexualité, c’est critiquer la liberté fondamentale dont jouissent les homosexuels dans les Etats démocratiques. […]

L’assimilation entre orientation sexuelle et comportement sexuel a d’ailleurs été clairement exprimée par la Cour d’appel de Paris dans l’affaire Boutin, par la Cour de justice de l’Union européenne dans l’affaire du don du sang et par la Cour suprême du Canada dans une affaire concernant la suspension d’une publication condamnant moralement l’homosexualité. »

Peut-on condamner des propos appelant à la haine de soi ?

« Cette seconde question concerne le point de savoir si l’appel à la haine est également condamnable lorsqu’il constitue un appel à la haine de soi. Cette question est cruciale dans une optique LGBT, car le taux de suicide est 7 fois plus élevé chez les jeunes LGBT.

La question de l’appel à la haine se pose de manière particulière lorsqu’il est prononcé à raison de l’orientation sexuelle. Les propos de Jean-Marie Le Pen font en effet naître chez les homosexuels eux-mêmes une haine intime contre la composante essentielle de la personnalité que constitue leur orientation sexuelle. Cette haine distillée par les propos de Jean-Marie Le Pen touche de nombreux homosexuels qui doivent vivre au quotidien avec la haine de soi. »

 

C’est une semaine de procès pour Jean-Marie Le Pen. Vendredi, le tribunal de Versailles se prononcera sur son exclusion du Front national.

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